titre du site

Open menu

Lundi 19 octobre, le Maire Pascal Demarthe a rendu hommage à Samuel Paty, professeur d'histoire - géographie assassiné pour avoir enseigné la liberté d'expression. Devant 400 personnes, élus, maires de l'agglomération, enseignants et citoyens le premier magistrat a rappelé avec fermeté les valeurs de notre République et lancé un appel à l'unité du peuple français, dans toute sa diversité.  Il a ensuite passé la parole à la représentante de Monsieur Tony Duamelle, inspecteur de l’Éducation nationale, à l’abbé Gabriel de Colnet, aumônier des collèges et lycées d’Abbeville et représentant de l'église catholique, à Monsieur Abdellali Sahli, président de l’association "Ici La Paix" et représentant du culte musulman et enfin à Évelyne Plée, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme à Abbeville.

IMG 1964IMG 1975
IMG 1979IMG 1982
IMG 1984IMG 1991

Ci-après l'intégralité du discours prononcé par Pascal Demarthe le 19 octobre 2020  
"Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les agents,
Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités ;
tout simplement, chères concitoyennes et chers concitoyens,
chères Abbevilloises et chers Abbevillois ;
Je vous remercie pour votre présence, nombreuse, ce midi, pour rendre hommage à Samuel PATY, malgré le contexte sanitaire que nous connaissons.
Je précise que cette cérémonie se tient dans le respect des gestes barrières. Le port du masque est obligatoire sur la place Max Lejeune et je demande à chacun d’entre vous de respecter les règles de distanciation physique. Veillez, notamment, à ne pas former de groupes resserrés de plus de 6 personnes ; je vous remercie.
Je salue particulièrement la présence à mes côtés et aux côtés du Conseil municipal :
- de la représentante de Monsieur Tony DUAMELLE, inspecteur de l’Éducation nationale ;
- de Madame Évelyne PLÉE, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme à Abbeville ;
- ainsi que de Monsieur ABDELLALI SAHLI, président de l’association « Ici La Paix » ;
- et enfin de l’abbé Gabriel de COLNET, aumônier des collèges et lycées d’Abbeville.
Ils nous diront tous, tout à l’heure, un petit mot.
Vous l’avez compris, j’ai voulu placer cet hommage :
- sous le sceau, d’une part, de la défense de nos valeurs républicaines, en premier lieu desquelles la liberté d’enseignement et la liberté d’expression ;
- et, d’autre part, sous le sceau d’un appel à l’unité républicaine du peuple français, dans toute sa diversité, face à ceux qui veulent nous diviser (ou profiter de la situation pour tenter de nous diviser).
Il s’appelait Samuel Paty. Il était père, et enseignant d’histoire-géographie au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Voici comment une de ses anciennes élèves parle de lui à l’Agence France Presse : « il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait. »
Il s’appelait Samuel Paty, et il était « à fond dans son métier », « qu’il aimait beaucoup » témoignent d’autres élèves. Il assurait le Cours d’enseignement moral et civique, dont le programme au collège intègre la liberté d’expression.
Il s’appelait Samuel Paty et il était l’un de ces professeurs – j’ai envie de dire, excusez-moi, l’un de ces collègues, étant moi-même enseignant – qui aiment mêler l’actualité à nos leçons.
Il s’appelait Samuel Paty et le 5 octobre dernier, comme depuis plusieurs années maintenant, il entamait un débat sur les caricatures de Mahomet, pour lequel il avait la prévenance de laisser ses élèves musulmans participer ou non, après les avoir invités à sortir de la classe, ou à fermer les yeux au moment où il montrerait les caricatures, pour en aucun cas les gêner (ces faits sont rapportés par les élèves eux-mêmes).
Cette année, un parent d’élève, en réalité un activiste, dont la fille ne suivait pas les cours de Monsieur Paty, l’accuse d’islamophobie ; reproche qui n’a aucun sens quand on observe les dessins de l’exposition sur le thème de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’il avait réalisée avec ses élèves, pas plus tard que l’année dernière, où la tolérance et l’anti-racisme occupaient une grande place.
Cet activiste a même demandé le renvoi du professeur, dans ce qui ressemblait, osons le dire, à une fatwa manifeste. Il est aujourd’hui en garde à vue et j’espère qu’il sera lourdement condamné et définitivement entravé.
Mais le nom de Samuel Paty et l’adresse du collège avaient été diffusés sur les réseaux sociaux et un fou, un paumé de 18 ans, réfugié tchétchène radicalisé a fait 90 kilomètres, ce vendredi 16 octobre, pour assassiner puis décapiter en pleine rue notre professeur si investi, qui n’avait aucun tort, rappelons-le, si ce n’est celui d’avoir voulu bien faire son travail.
Il s’appelait Samuel Paty et il est une victime de l’ignorance et de l’obscurantisme contre lesquels il luttait pourtant de toutes ses forces.
Il s’appelait Samuel Paty et en sa mémoire, ce midi, je vous demande d’observer une minute de silence.
-( MINUTE DE SILENCE )-
**
*
Je vous remercie.
Par l’enseignement, Samuel Paty défendait nos valeurs. Je voudrais ici les rappeler.
Le premier mot de notre devise nationale est : « Liberté ». La liberté d’expression est constitutive de la Liberté, et je ne sais pas le dire autrement : elle est non-négociable.
Et je le dis avec d’autant plus de force, devant les représentants des cultes présents aujourd’hui, que je suis moi-même, à titre personnel, croyant.
Il y a, en France, la liberté d’expression des religions, qui autorise leurs membres à manifester leurs croyances et leurs convictions, du moment qu’elles ne sont pas contraires aux lois de la République ; et il y a, en même temps, en France, un droit au blasphème.
Et, très honnêtement, je le dis avec des mots simples : un meurtre, une décapitation, un accident, une catastrophe : c’est quelque chose de vraiment choquant.
Une maladie grave, une injustice, une séparation, un être cher qui disparaît : c’est quelque chose de vraiment blessant.
Mais gardons toute mesure et toute proportion lorsqu’il s’agit d’un dessin. Personne ne devrait mourir pour un dessin, c’est inacceptable.
Dans le même temps, ne l’oublions pas, notre République garantit la liberté de culte. C’est ce qu’on appelle la laïcité, valeur que certains proposent d’ajouter à notre devise nationale.
On dévoie parfois cette notion de laïcité. Je veux donc la rappeler. Elle n’est pas l’athéisme ou l’absence de religion. Elle est :
- point numéro 1 : la neutralité de l’État vis-à-vis des religions, qui ne reconnaît ni ne salarie aucun culte ;
- et point numéro 2 : elle est la garantie de la liberté de culte pour chaque Français, c’est-à-dire : la liberté de ne pas croire, ou de croire ; de ne pas pratiquer ou de pratiquer, et la religion de son choix. Y compris, donc, l’Islam.
Et je le dis sans ombrage, sans nuance. Nos concitoyens musulmans sont choqués, comme nous tous, de l’assassinat barbare de Samuel Paty.
Je reçois, depuis que je me suis exprimé sur le sujet, hier, sur les réseaux sociaux, beaucoup de leurs témoignages, qui me touchent énormément.
Ce crime qui est commis en leur nom n’est pas le leur, et ils s’en désolidarisent évidement, sans que nous ayons, d’ailleurs, besoin de leur demander.
Je remercie vivement, chaleureusement et sincèrement Monsieur SALHI pour sa présence à mes côtés et d’avoir accepté de prendre la parole ce midi.
Je tiens à le dire : lorsque nous l’avons appelé, samedi midi, pour lui proposer cette action, il n’a pas hésité une seule seconde.
Pas une seule. Le symbole est fort. L’image est là.
Et donc, je ne tolérerai aucune expression islamophobe dans notre ville.
Ce que nous devons combattre, c’est l’islamisme. Ce sont les discours identitaires, de repli sur soi, les discours de haine, les actions violentes. Je salue l’expulsion depuis ce matin de centaines de prédicateurs étrangers et radicalisés de notre territoire national.
Bien évidement, nous devons aussi lancer des enquêtes sur toutes les associations déviantes qui prônent l’islamisme ou refusent les lois de la République.
Mais ce que nous devons combattre, c’est l’islamisme, et pas les musulmans qui aspirent comme nous tous à vivre sereinement.
La laïcité, la liberté de culte, la liberté d’expression, le droit au blasphème, toutes ces valeurs et tous ces droits sont compatibles, et c’est même notre promesse républicaine.
C’est à ce titre qu’en cette période si difficile, si douloureuse, qui peut nous faire douter, j’en appelle à notre unité. Notre ciment, c’est notre République.
Démontrons, tous ensemble, que la France est forte, que nous n’avons pas peur, et que ni les terroristes d’un côté, ni les ennemis de la démocratie et de la République de l’autre ne gagneront.
Je compte sur vous.
Vive la République, et vive la France. »

SEEPH

imgSEEPH