Willie Marcellin : « Une grosse page de ma vie se tourne »

Willie Marcellin : « Une grosse page de ma vie se tourne »

Publié le 2 novembre 2026

Du bord des bassins aux coulisses des grands événements abbevillois, Willie Marcellin a construit sa carrière au contact du terrain et des équipes. Première responsable du Service des Sports de la Ville en 1992, devenue directrice générale adjointe, elle s’apprête à prendre sa retraite. Avec la franchise qui la caractérise et de nouveaux engagements en tête. Interview.

Vous avez commencé votre carrière comme maître-nageuse à l’Aqu’ABB. Vous souvenez-vous de vos premiers jours au bord du bassin ?

Oui, bien sûr, après avoir été reçu au diplôme de Maître Nageur, j’étais venue à Abbeville me former auprès du Conseiller technique Régional de Natation de l’époque (un certain Claude Fauquet) afin de passer un brevet d’état d’éducateur sportif des activités de la natation (qui à l’époque était un diplôme au-dessus de celui de MNS) et c’est Monsieur Fauquet qui m’a sollicitée afin que je reste à Abbeville et que je réorganise les écoles de natation du club du SCA Natation et que j’enseigne la natation auprès des scolaires. Donc mes premiers jours ont été de rencontrer tous les enfants dont j’avais la charge, ainsi que les collègues de bord de bassin et de m’intégrer à l’équipe car je venais de l’Aisne. Encore aujourd’hui il m’arrive de croiser certains de ces enfants devenus parents, qui me parlent de ce temps où ils ont appris à nager avec moi.

Comment êtes-vous passée progressivement du métier de maître-nageuse à des fonctions d’encadrement, puis de direction ? Était-ce un projet que vous aviez en tête dès le départ ou des opportunités qui se sont présentées au fil du parcours ?

À la piscine passer de maître nageur sauveteur à chef de bassin a été sur proposition de mon directeur qui m’avait repérée pour mes compétences.

À la direction des Sports, en 1992, j’ai été reçue en jury de recrutement (parmi 7 candidats masculins) sur une annonce de recrutement dans la Gazette des communes, qui cherchait un responsable des sports à la Mairie d’Abbeville pour créer un service des sports

Quelles ont été les grandes étapes de cette évolution professionnelle ?

J’ai passé le 1er concours de Cadre A de conseiller territorial des activités physiques et sportives de la filière sportive et j’ai été la seule reçue en Picardie. À l’époque la formation initiale d’application nous obligeait à 18 mois de stage dans les Écoles Nationales des Cadres Territoriaux. J’ai donc été formée à mon futur métier à l’ENACT de Nancy, Montpellier et Angers. Sur 20 « stagiaires » de la filière sportive, nous étions 3 femmes et j’étais la seule responsable d’un service des sports. Puis en 2010le1eradjoint au Maire, avait souhaité réunir le service des sports et la DLVA et m’a proposé d’être nommée Directrice Générale Adjointe des services, car il souhaitait donner une belle visibilité au monde associatif.

Parmi tous les projets que vous avez accompagnés à Abbeville, lequel vous rend le plus fière aujourd’hui ?

Je garde un magnifique souvenir des deux départs à Abbeville du Tour de France (80 000 personnes en 2012 et 100 000 en 2015). Du passage de la flamme olympique en 2024 et de l’arrivée des 4 jours de Dunkerque qui sont des grosses manifestations ou chaque détail compte et où notre compétence est reconnue, ce qui a toujours été le cas.

Je garde également un excellent souvenir des mes équipes, toujours prêtes à s’investir sur un nouveau projet et de notre cohésion autour de l’organisation des grands évènements, leur grande disponibilité et leur enthousiasme, mais aussi de tous les collègues venus des différents services de la Mairie qui ont pris place dans ces importantes manifestations pour l’image de notre Ville. L’esprit d’équipe est très important pour mener à bien des projets de cette envergure. 

Le sport a beaucoup évolué au fil de votre carrière. Quelles transformations vous ont le plus marquée ?

Ce qui m’a le plus marquée, c’est, et surtout depuis l’épisode COVID,la raréfaction du bénévolat. L’individualisme prend le pas sur le collectif et c’est un réel problème dans ces milieux où donner son temps est primordial et permet de développer des liens forts. Certains présidents, âgés, cherchent leur successeur et ne le trouvent pas. Pour moi, les réseaux sociaux n’ont pas arrangé les relations entre humains.

La 2ème ressource après l’humain, ce sont les finances que les associations voient fondre année après année. Sans aides financières, impossible de faire « tourner » une asso. L’État, les collectivités voient leurs ressources propres diminuer et donc en bas de cet organigramme les associations en pâtissent.

Vous avez également la responsabilité de la démocratie locale et de la vie associative. Quelle place les associations occupent-elles dans la vie d’une ville comme Abbeville ?

La vie associative en général (sport et autres associations :social,culture, Anciens Combattants, associatif, comités des fêtes) représente environ 320 associations et des milliers de licenciés ou d’adhérents. Tout ce milieu associatif intervient dans des domaines que notre Ville ne pourrait pas assumer. Elles sont la richesse de notre Ville. Elles contribuent par la diversité de leurs actions, à répondre à l’ensemble des souhaits des habitants et à maintenir le bien-vivre ensemble.

Y a-t-il un événement, une rencontre ou une anecdote qui résume particulièrement bien vos années à la Ville ?

J’ai été une des pionnières, en 1992 et en qualité de femme, à mettre en place un service municipal des sports, dans un milieu, il faut bien le reconnaître, essentiellement masculin. Et je suis assez fière de cela. Mon prénom m’a souvent valu la réflexion : « ah… vous êtes une femme ? »Oui, une femme peut tout à fait diriger un service des sports.

En devenant directrice générale adjointe, votre métier a profondément changé. Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans cette transition ? Comment passe-t-on de l’action sur le terrain au pilotage de services, à la gestion des équipes et à la prise de décision ?

Je n’ai pas vraiment eu de transition, j’ai coaché mes équipes comme je coachais mes groupes de natation de compétition : en essayant d’y mettre du respect des agents, d’impulser de la motivation, de la rigueur et du sérieux, de défendre des valeurs solides, parfois avec une franchise qui a pu heurter, mais toujours avec sincérité.J’ai souvent été le « caillou dans la chaussure » et ce rôle correspond bien à mon caractère, qui parfois a pu paraître un peu direct.  J’ai toujours gardé une immense place au terrain, parce qu’on y garde les pieds sur terre, au plus proche de la réalité. La réalité et le terrain, vous apprennent l’humilité, et le bon sens, il faut juste être à l’écoute et en tirer les leçons qui vous permettent de rester juste dans vos décisions.

Après toutes ces années, qu’est-ce qui vous plaît toujours autant dans le service public territorial ?

L’intérêt général et le service que nous rendons aux habitants.

À l’approche de la retraite, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis vos débuts à l’Aqu’ABB ?

J’ai traversé toutes ces années en essayant de garder une vision juste et professionnelle de toute situation qui s’est présentée à moi. Certains élus ou supérieurs hiérarchiques l’ont reconnu, d’autres pas, mais je me suis toujours accrochée à mes valeurs et je pense y être parvenue. Un regard très professionnel et en même temps très humain, à l’écoute de mes agents. Les points d’équilibre n’ont pas toujours été faciles, mais j’espère y être parvenue. Je crois, et j’espère, que c’est l’image qu’on gardera de moi. Je disais souvent à mes équipes « nous ne sommes pas là pour vendre des cravates ou faire des barbecues », l’affectif (attention je ne nie pas le côté humain des relations) ne doit pas prendre le pas sur la compétence et le professionnalisme. 

Qu’allez-vous avoir le plus de mal à quitter : les missions, les équipes, le rythme de la collectivité ou les relations nouées au fil des années ?

Le monde associatif (surtout sportif, mon cœur de métier) est très riche et on y rencontre des gens formidables et passionnés par ce qu’ils font.Lorsque j’étais à la piscine, je ne connaissais qu’une seule association : le SCA Natation, puis je suis passée au service des sports où j’ai rencontré plus de 70associations qui représentaient à peu près 50 disciplines, autant de Président-es porteur-ses de projets, de motivation, une véritable richesse. Tout ce monde me manquera beaucoup.

J’ai adoré ce métier, les défis à relever avec mes équipes, qui me manqueront certainement aussi.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune agent qui débute aujourd’hui dans une collectivité et souhaite évoluer professionnellement ?

Je lui dirai de ne jamais quitter des yeux la formation. Se former pour acquérir de nouvelles compétences ne peut qu’à terme vous permettre d’évoluer.

Et maintenant, que vous réserve la suite ?

Je me suis beaucoup préparée à ce départ. Une grosse page de ma vie se tourne. Je suis restée le plus longtemps possible à la tête de mes services, car ce métier m’a tenue en forme (j’aurai 67 ans le 7 novembre prochain et j’ai prolongé encore de quelques semaines pour accompagner mes nouveaux élus à la réalisation des budgets). Je pars avec le sentiment du devoir accompli.

Place à d’autres projets : la défense du bien-être animal, qui me tient très à cœur, et la défense du vivant.

Je vais m’occuper de mes 4 chiens, de mon jardin, de ma maison (j’adore bricoler) et je compte beaucoup lire. Je viens de prendre la présidence d’une très sympathique association de méditation et de Communication non Violente dans laquelle se trouvent des adhérent-es formidables. Je compte m’y investir beaucoup.

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